Les auteurs franco-ontariens à l'honneur : Gaston Tremblay

September 2, 2016 | Peter K

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Gaston TremblayGaston Tremblay, votre initiation littéraire a commencé avec la poésie. Pourquoi ?

Gaston Tremblay : J’ai commencé à écrire de la poésie très jeune, à l’âge de treize ans. Mon père est mort en 1958, et ma mère a placé les trois plus vieux de ses huit enfants dans des pensionnats. Donc, en 1962 j’entrais en Élément latin au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury. J’étais beaucoup trop jeune, j’ai eu beaucoup de difficulté à m’adapter au régime de vie des pensionnaires.

Un soir d’automne, étant extrêmement triste, je marchais sous un ciel étoilé devant le collège… entre les grands ormes qui longeaient l’allée qui s’ouvrait ostensiblement sur la rue Notre-Dame. J’étais en détresse, je ne comprenais pas pourquoi ma mère m’avait « renvoyé » de la maison. C’est dans la noirceur, entre ciel et terre, que la poésie m’a soufflé à l’oreille mon premier poème : un quatrain aussi simple que musical.

 

                                                  Ô nuit que tu es noire

                                                  Toi qui aimes boire

                                                  Tous mes espoirs

                                                  Ô nuit que tu es noire

    

J’ai vécu une adolescence difficile, l’écriture devint alors un exercice exécutoire et c’est par nécessité que j’ai continué à écrire des poèmes au collège et ensuite à l’école secondaire. De retour dans la maison de ma mère, ma sœur Rita devint ma secrétaire, elle transcrivait mes poèmes dans un grand livre de comptabilité. Notre seul moment de gloire vint le jour où nous avons vu paraître un de mes textes dans le journal hebdomadaire du diocèse.

Pour moi, la poésie est la montée, l’allée qui mène vers le corps et l’âme des autres. 

 

  Gaston Tremblay - L'Autobus de la pluie - poèmes          Gaston Tremblay - Sur le lac Clair -Poésie

 

En matière d’écriture, au fil des années, vous avez évolué vers le roman et l’essai. Qu’est-ce qui vous a attiré vers ces genres littéraires ?

G.T. : Sans aucun doute, l’évènement qui a marqué mon adolescence est ma rencontre, du dramaturge et musicien André Paiement. En 1967 j’étais trop sérieux et lui trop badin ; il me comparait à Spike le gros bouledogue gris des Loony Tunes et mon ami s’amusait à sauter tout autour de moi comme Chester, le petit terrier jaune dans cette bande dessinée. Surtout, nous sommes connus dans le journal intime que je tenais à l’époque. Au début, il était mon premier et seul lecteur et ensuite le secrétaire qui dactylographiait mon texte et puis enfin, mon corédacteur. Nous voulions écrire un roman, Le Grand Livre, une autofiction au sujet de l’amitié que nous avions découverte dans le cadre du club de discussion, Les TACS des jeunesses catholiques de la paroisse du Sacré-Cœur de Sturgeon Falls. Nous avons abandonné ce projet pour poursuivre nos carrières respectives, lui, comme directeur et fondateur du Théâtre du Nouvel-Ontario, et, moi, comme poète fondateur des éditions Prise de parole. Quarante ans plus tard, après avoir réussi une maîtrise en création littéraire, j’entreprenais seul Le Grand Livre qui fut publié aux éditions Prise de parole en 2012.

 

Gaston Tremblay - Prendre la parole            Gaston Tremblay - Le grand livre

 

À vos débuts, vous étiez très engagé dans la vie littéraire et le mouvement théâtral de Sudbury. Comment cette aventure vous a-t-elle marquée pour les années suivantes de vos activités littéraires ?

G.T. : Nous étions des enfants de chœur, mais nous rêvions d’être des artistes. Le mouvement CANO nous a fait rencontrer d’autres jeunes qui voulaient faire exactement la même chose dans leur hic et nunc, dans leur ici et maintenant. C’est peut-être la chose la plus importante qu’il faut retenir de ce mouvement, nous avons construit et animé des organismes de création : Le Théâtre du Nouvel -Ontario, Prise de parole, la Slague, la Galerie du Nouvel-Ontario, la Nuit sur l’étang. Ces institutions sont devenues des outils essentiels que de nouvelles générations d’artistes qui les animent toujours cinquante ans plus tard !

 

Vous avez développé le concept de littérature du vacuum en analysant la littérature franco-ontarienne. Dans votre dernier livre, La Littérature du vacuum, vous avez approfondi votre argumentation sur ce sujet. Est-ce que la situation du vacuum défavorise ou stimule/dynamise l’acte d’écrire en français ?

G.T. : De par sa nature, l’homme tend à structurer son environnement pour survivre, pour se développer, pour s’émanciper. Je dirais qu’avec le temps et l’effort des littérateurs de tout acabit, le vacuum est devenu exiguïté, une situation que les peuples hyperminoritaires subissent. Dans un tel environnement, les écrivains ont peu d’espace littéraire pour s’épanouir, ce qui est un désavantage de taille. Par contre, la contrepartie de ce handicap est la liberté que l’absence de structures rigides accorde aux écrivains, le vacuum et l’exiguïté deviennent donc un lieu, de recherche identitaire, d’expérimentation et d’hyper production. C’est ainsi que j’expliquerais qu’un petit peuple comme celui du Québec arrive à projeter sa culture et sa personnalité dans le monde.

 

  Gaston Tremblay- Littérature du vacuum - genèse de la littérature franco-ontarienne          Gaston tremblay - L'Écho de nos voix - Conférences


Quelle est, selon vous, la place de la littérature franco-ontarienne au sein des littératures du Canada et de la francophonie ?

G.T. : Il en va de même pour la littérature franco-ontarienne. En moins de cinquante ans, nous avons réussi à nous tailler — à bout de bras — une place dans la littérature canadienne. Certains auteurs commencent à percer sur la scène internationale, mais c’est difficile pour eux, car, à l’instar des Québécois, nous n’avons pas une institution littéraire suffisamment développée, cela est d’autant plus vrai que nos effectifs démographiques ne représentent que dix pour cent de la francophonie canadienne. Contrairement aux Acadiens, nous sommes hyperminoritaires, mais nous avons le privilège de vivre dans une province qui a une relation gémellaire avec le Québec et qui de plus est la plus populeuse et la plus riche du Canada. Puisque le Canada se projette dans le monde à partir d’Ottawa, la capitale nationale, et à partir de Toronto la métropole, ce qui attire des immigrants francophones de toutes les régions du monde.

 

Quelles sont les nouvelles orientations de cette littérature ?

G.T. : Depuis les tout débuts, la littérature franco-ontarienne se veut ouverte à tous les francophones, et aujourd’hui ce principe philosophique est devenu une réalité. Certains diront même que le thème identitaire a été évacué des œuvres franco-ontariennes, où, tout au moins, qu’il est beaucoup moins important. Plutôt, je crois que la quête identitaire des Canadiens français s’est transformée et s’est ouverte sur celles des autres : la quête des immigrants qui cherchent à se faire une place en Ontario français et aux autres groupes défavorisés qui réclament leur juste place au soleil : les femmes, les homosexuelles, les handicapés, etc. L’ouverture et la tolérance sont devenues des Works in progress qui enrichissent la toile identitaire de notre pays et de notre province. La littérature du hic et nunc de Prise de parole est désormais une littérature de la pluralité, aussi bien au niveau du contenu que de la recherche formelle.

 

Gaston Tremblay - Le Nickel Strange - roman          Gaston Tremblay - Le langage de chien - roman

 

 Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets littéraires ?

G.T. : Dans la nouvelle année, j’entreprendrai l’écriture d’un autre roman, qui sera jusqu’à un certain point une suite du Grand Livre. Le sujet sera totalement différent, mais ce sera tout de même une autofiction, une approche que j’aimerais approfondir dans la nouvelle année. Du même souffle, je vais continuer d’écrire de la poésie dans mes moments libres, le genre que j’ai toujours privilégié. Car pour moi, la poésie est la montée qui mène vers la maison des autres.

 

Gaston Tremblay, est un écrivain, éditeur et poète franco-ontarien qui vit à Montréal. Le jeudi 22 septembre à 18 heures, il donnera une conférence sur le poète Patrice Desbiens — L’Homme qui apparait et disparait dans le vacuum dans Discussion Room, Bibliothèque de référence.

Le programme aura lieu le jeudi 22 septembre à 18 heures dans Discussion Room, Bibliothèque de référence.

Vous êtes cordialement invités à nous rejoindre.

Pour trouver plus d'informations, s'il vous plaît contactez le Département Langues et Littérature au 416-393-7085.

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