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Des Cosmonautes à Chicoutimi-nord : les nouveaux romans adultes de juin 2014

June 13, 2014 | Patrick | Comments (2) Facebook Twitter More...

Bonjour à toutes et à tous !

 

Ayant presque fini mes sélections pour le mois de mai, je suis bien content que les nouveaux romans arrivent pour le mois de juin. Ci-dessous sont certains oeuvres notables de cette rentrée.


La déesse des mouches à feu de Geneviève PettersenLa déesse des mouches à feu est un récit de l’adolescence, telle qu’elle était vécue en Chicoutimi-nord, 1996. Geneviève Pettersen plonge ses lecteurs dans la vie de Catherine, face au PCP vert, le punk rock, des gars beaux comme dans les films, et les autres épreuves qui marquent ces années difficiles. Manié d’une langue claire et juste, qui donne l’impression d’y être (René Homier-Roy),  ce roman plaira à ceux qui aimeront revivre  « ce qu’il y avait de plus laid et de plus beau » de cette époque.

 

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola LafonLa petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon traite également d’une fille de quatorze ans; or, lorsque Pettersen emploie sa propre vie pour son point de départ, Lafon s’inspire de l’histoire de Nadia Comaneci. Gymnaste aux jeux Olympiques de Montréal en 1976, la jeune Roumaine a obtenu une note parfaite pour sa performance. Mais dès ce moment, le régime Ceausescu voulait profiter de cette héroïne internationale, et sa vie n’était plus la sienne. Un roman avec des thèmes de taille, dont la structure –mi-chemin entre roman et entretien fictif- apporte « des nuances et de la profondeur. »

 

L'homme qui avait soif d'Hubert MingarelliL’histoire racontée par Hubert Mingarelli dans L’homme qui avait soif est tout à fait différente. À la suite de la reddition japonaise en 1945, Hisao retourne du combat.  Parmi ses biens, un œuf de jade, qu’il a prévu offrir à sa femme. Hisao ne s’est pas tiré de la guerre indemne, pourtant : une soif déraisonnée le tourmente, qui le séparera de son cadeau. La bataille de Peleliu se dessine alors qu’il coure après sa valise, la plus sanglante de la Guerre du Pacifique du côté américain. Un roman « où règnent subtilité et simplicité, »  selon La Presse, qui a beaucoup impressionné le chroniquer de Plus on est de Fous, Plus on Lit! 

 

Le rang du cosmonaute d'Olga Duhamel-NoyerTel que Mingarelli, Olga Duhamel-Noyer met en scène un personnage hanté par son passé dans Le rang du cosmonaute. Youri est anthropologue, qui s’installe au village de Bernard-Station pour écrire sa thèse. Très jeune, il y avait habité, jusqu’à ce que la violence de son père l’a forcé de la maison. Ils ne se sont jamais rapprochés, et son retour va forcer Youri d’affronter sa douleur. Duhamel-Noyer livre ici un roman d’une écriture et atmosphère envoûtante, qui explore les « traces que laissent … les rêves de la génération précédente. »

 

Bonne lecture !

Les nouveaux romans de mai 2014

May 16, 2014 | Patrick | Comments (2) Facebook Twitter More...

Joyeuses nouvelles, mesdames et messieurs!

Les romans adultes de la rentrée littéraire de l’hiver arrivent dans nos succursales. Parmi eux se trouvent plusieurs qui ont fait jaser les critiques canadiens et français.


Réparer les vivants de Maylis de KerangalRéparer les vivants de Maylis de Kerangal
À la suite d’un accident d’auto, le jeune Simon est plongé dans un coma avancé. Malgré les efforts des médecins d’urgence, il ne se réveillera jamais. Leur vie subitement en miettes, ses parents seront présentés avec une décision pénible : permettront-ils le cœur de leur fils pour une transplantation cardiaque? Écrit avec « une sensibilité et une intelligence qui forcent l’admiration, » le nouveau roman de Maylis de Kerangal met en scène un drame humain doué d’une « poésie extraordinaire. »

 
Bison de Patrick Grainville Bison de Patrick Grainville
Au début du 19e siècle, George Catlin –portraitiste du nanti philadelphien- croise une délégation d’Indiens en route à Washington. Bouleversé par leur dignité et assurance, il renonce à son quotidien pour voyager le long du Missouri et du Mississippi, à la rencontre de tribus. Son but : raconter leur épopée avec son sa palette et son pinceau, avant que ça soit révolu. Mêlant des éléments biographiques, historiques, et romanesques, Bison est une réussite en tous ces dimensions, selon le chroniquer de Plus on est de fous, plus on lit.  (En prime : Grainville présente son œuvre sur la chaîne française RTL.)

 

Malabourg de Perrine LeblancMalabourg de Perrine Leblanc
Enseveli sous les neiges de l’hiver, le village de Malabourg devient témoin d’une violence terrible : trois jeunes femmes assassinées, les unes après les autres. Le seul témoin des meurtres, Mina se sauve en quittant le bled pour Montréal, tandis que son amant Alexis se dirige vers la France. Ils se retrouveront que des années plus tard, dans un Montréal au seuil du printemps érable. En prime : Perrine Leblanc discute de son roman avec La Presse et Le Devoir.

 

L’amour des hommes de Hélène Rioux L'amour des hommes de Hélène Rioux
Dans ce roman limpide, sensible et intelligent, Rioux jette son talent considérable sur la question de l’amour : sa nature, sa vérité, et ses mensonges. Dans un premier temps, Éléonore retrouve Clément en Corse, avant que la vie de son ancien amant s’achève. Dans un deuxième, elle est en Espagne, dépouillant son journal intime pour se rapprocher du défunt. Au troisième temps, en réfléchissant sur la poème Don Juan de Byron, elle songera à lui de nouveau. Et mâtiné parmi ses réflexions à chaque époque sont des extraits du journal de Clément, où il fait un catalogue (voire l’éloge) de ses nombreuses aventures.


Bonne lecture !

 

Duras durera

April 27, 2014 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

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Ce 4 avril, Marguerite Duras aurait eu 100 ans.

 

La Presse, Radio-Canada, et multiples autres ont tenu à souligner ce centenaire, à rappeler aux lecteurs l'immensité de son talent, et son unique voix littéraire au vingtième siècle. Elle a beaucoup écrit ; elle a beaucoup aimé ; elle a beaucoup bu ; et elle a beaucoup influencé la littérature française contemporaine.

En son honneur, et sachant à quel point elle tenait à sa parole, je vous offre quelques citations de Duras elle-même...

4

Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. (Écrire, 1993)

 

Avec les mots de tout le monde, écrire comme personne.

2

L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai, il n'y avait personne. (L'Amant, 1984)

 

Une idée est toujours une bonne idée du moment qu'elle fait faire quelque chose.

5

Je t'oublierai ! Je t'oublie déjà ! Regarde comme je t'oublie ! Regarde-moi ! (Hiroshima mon amour, 1960)

 

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Tout ce qu'on peut savoir quand on ne sait rien, je le sais. (La douleur, 1985)

3

L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de votre douleur.

 

 

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Les femmes, toutes les femmes ont fait leurs valises pour rien une fois dans leur vie. On le fait pour qu'on vous retienne. (Le marin de Gibraltar, 1952)

 

 

Il faut éviter de penser à ces difficultés que présente le monde, quelquefois. Sans ça, il deviendrait tout a fait irrespirable. (Hiroshima mon amour, 1960)

 

7

 

Je crois que c'est ça que je reproche aux livres, en général, c'est qu'ils ne sont pas libres. On le voit à travers l'écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l'écrivain a très souvent envers lui-même. L'écrivain, alors il devient son propre flic. J'entends par là la recherche de la bonne forme, c'est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres "charmants", sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s'incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. (Écrire, 1993)

 

6

Les grands récits sur lesquels s'est fondée la modernité sont en voie de desintégration.

 

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Je crois qu'on ne lira plus, les gens continueront à écrire, mais les gens ne liront plus, la lecture restant l'apanage d'une classe fermée. Je ne voudrais pas être à la place des gens qui vivront après l'an 2000, toutes les conditions sont réunies pour que l'ennui soit vécu dans sa plénitude, l'ennui profond j'ai beau y penser à cette époque et je ne vois que ça, le développement de l'ennui, la recherche vaine d'un évènement.

 

Découvrez Duras à la Bibliothèque de Toronto!

L'Abbé et quelques années de sa fin

February 21, 2014 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

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C'est l'avant-dernière chanson du dernier spectacle à l'Olympia, possiblement son dernier concert en France, un des derniers concerts de sa vie. Le temps s'arrête autour de lui. Il regarde cette foule qui l'acclame, qui l'ovationne, qui l'encourage, qui le veut. Il va recommencer : une autre chanson, une autre époque, un autre morceau de sa vie qu'il lancera vers la foule comme on donne de la viande aux chiens.

 

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Il aimerait une cigarette. Il aimerait en finir. Il comprend que c'est possible de se donner complètement sans aimer véritablement.

 

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Le poumon gauche. Le poumon gauche. Le poumon gauche. Il existe, le poumon gauche. Il est cancéreux. Il le tue. Il veut s'exiler de la vie ; il veut mourir seul avec son poumon gauche.

 

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Il est aux commandes de son Beechcraft Twin-Bonanza, nommé Jojo. Il fait de l'avion-taxi entre Hiva-Oa (îles Marquises) et Tahiti. Il fait des vols de cinq heures : la mer, la côte, la mer, la piste. Il emporte lettres, médicaments, vivres, et même des passagers.

 

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Avec ses chemises fripées, sa casquette pépère, son corps incrusté dans le commandement de bord, il se costume. Il n'est plus chanteur, plus acteur, plus poète, plus célébrité. Il n'est que pilote des îles. Il joue à Icare.

 

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Il y a des désirs qui sont plus forts que tout. Qui font cesser de fumer à un homme qui a fumé plus de cinq paquets de Gitanes par jour. Qui font rentrer à Paris, qui font accepter la vie de couple dans un petit hôtel.

 

Il y a des désirs qui se manifestent en chanson, douze chansons précisément. Avec Rauber et Jouannest, fidèles complices, il fait un disque. Un autre joyau pour sa couronne. Ses dernières paroles pour son public.

 

Même sans promotion (il n'en veut pas), les précommandes atteignent le million. Tandis que sort le disque, il s'envole déjà vers Hiva-Oa, le désir épuisé.

 

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En octobre cette année-là, on élit Jean-Paul II comme pape, URSS fait plusieurs essais de bombes nucléaires, Keith Richards se fait arrêter à Toronto pour possession d'héroïne, les Yankees battent les Dodgers en Série mondiale de baseball, Isaac Bashevis Singer remporte le Prix Nobel de littérature, et, le 9 octobre...

                            

                        ...il cesse.

 

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L'affaire de l'esclave Furcy

February 13, 2014 | Patrick | Comments (1) Facebook Twitter More...

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Le film « 12 years a slave » est un des favoris aux Oscars cette année, en lice pour neuf prix, y compris celui de meilleur film, meilleur réalisateur, et meilleur acteur. C’est l’histoire véridique de Solomon Northup, homme libre new yorkais, vendu à un esclavagiste brutal en Louisiane en 1841.

Voyant l’épreuve de Northup sur l’écran m’a rappelé un récit excellent paru en 2010, L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammad Aïssaoui. Lui-même un lauréat – décrochant le prix Renaudot de l’essai en 2010 - cet œuvre relève un épisode fascinant mais inconnu de l’esclavagisme français.

Aïssaoui nous amène à l’Île Bourbon en 1817, colonie lointaine du Royaume du France (actuellement l’Île de la Réunion). Dans les quartiers des esclaves de la propriété de son maître, dépouillant les biens de sa feue mère, Furcy découvrit qu’il était né un homme libre. Selon la loi française, son maître avait une obligation d’affranchir sa mère des décennies auparavant. La charogne avait failli à sa parole, arrachant 31 ans de la vie de Furcy. Le jeune - muni d’un courage et foi extraordinaire- porta donc une plainte au tribunal de Saint-Denis.  

Il lutterait pour 27 ans, jusqu’à la Cour royale de Paris.  

      L'île Bourbon (L'île de la Réunion), 19e siècleHôtel de Ville, Paris, 1842

Mêlant habilement des passages de roman biographique, documents historiques et réflexions de l’auteur au service d’un portrait inoubliable, L’affaire de l’esclave Furcy est une réussite. Lisez-le, et partagez l’histoire à votre tour.  

Les nouveaux romans de janvier 2014

January 27, 2014 | Patrick | Comments (0) Facebook Twitter More...

La première vague de nouveaux romans français pour les adultes est arrivée aux succursales –certes, l’année débute de bonne façon. En-voici quelques-uns; pour une liste complète, veuillez cliquer ici

 

  On dirait que je vous ai manqué Faillir être flingué   Le bleu des abeilles    Le cycle du survenant

 

On dirait que je vous ai manqué de Robert W. Brisebois
Bête politique hors de commun, ce roman historique raconte la vie de Camillien Houde, et brosse un tableau de la vie politique canadienne du Krach jusqu’au seuil de la Révolution tranquille.

Faillir être flingué de Céline Minard
Le mythe de l’Ouest américain –colons, indiens, cowboys, tueurs à gages- vu de l’étranger. Finaliste au prix Médicis et prix Femina l’année dernière, Minard offre ici « un jeu littéraire », au diable vauvert du Western typique.

Le bleu des abeilles de Laura Alcoba
Son père prisonnier de la dictature militaire, une fillette quitte l’Argentine pour rejoindre sa mère, réfugiée en France. Roman autobiographique, Alcoba raconte l’exil et la découverte d’un nouveau pays avec grâce et fraîcheur.

Le cycle du Survenant de Germaine Guèvremont
Chenal du Moine, le début du 20e siècle. C’est une communauté à l’abri du monde externe, mais en sursis : un survenant est en route, qui va changer la communauté à jamais. La série québécoise magistrale en son entier pour la première fois.

 

   Le retour de l'ours    Sous la surface   En même temps toute la terre et tout le ciel   Palladium


Le retour de l'ours de Catherine Lafrance
C’est le lendemain de la fin de monde, menée par des cataclysmes climatiques. Il n’y a qu’un petit village nordique qui a survécu, où les villageois n’espèrent qu’une chose : le retour de l’ours. Une fable captivante, « à … séduire tout public. »

Sous la surface de Martin Michaud
On a tous quelque-chose à cacher. Leah, la femme du sénateur Patrick Adams, candidat à l’investiture démocrate, le sait bien. Pourtant, ses secrets ne sont pas seulement à elle, et son passé va ressurgir avec violence.

En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki
Sur les rivages de la baie Desolation, une écrivaine tombe sur un sac en plastique ; à l’intérieur, le journal intime d’une jeune japonaise. Un récit de malheur l’attend là-dedans. Son obsession de trouver –voire sauver- la jeune commence. Ce finaliste du prix Man Booker est un « roman qui change la vie », selon Elle.

Palladium de Boris Razon
À 29 ans, Razon est sidéré par une maladie neurologique non-identifiée, son corps paralysé, ses sens  corrompus. Isolé de notre monde, les hallucinations l’emportent, une expérience qui fait la base de ce roman autobiographique. L’invité de l’émission Plus on est de fous, plus on lit! en novembre.

Bonne lecture!

Taches de café et la grande communauté de lecteurs

January 22, 2014 | Louis | Comments (1) Facebook Twitter More...

Emprunteurs de la bibliothèque -- mes semblables, -- mes frères et soeurs !

Vous qui préférez les livres de la bibliothèque aux livres neufs ! Vous qui choisissez le papier plutôt que l'écran ! Je vous comprends ! Je sais que vous appréciez un livre usagé non seulement pour l'intérêt que suscite son texte, mais aussi pour les découvertes fascinantes qu'offre l'article en soi.

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Souvenez-vous: l'après-midi ou le soir où vous avez ouvert un livre de Kazantzakis publié en 1965 et vous avez trouvé des taches de café sur une des pages.

Vous vous êtes dit : est-ce des taches d'un café consommé en 65? En 74? En 97? En 2008? Et qui était ce buveur de café? Un amateur de Kazantzakis ou quelqu'un qui le lisait par hasard?

Où était-il quand le café s'est éclaboussé sur la page? Dans un train? Dans un avion? Dans son lit? Sur la véranda d'un chalet au bord de la mer?

Et qu'est-il arrivé pour que ces gouttes de café tombent sur la page? A-t-il entendu une nouvelle surprenante? A-t-il perdu sa balance ou simplement déposé sa tasse un peu trop rapidement? A-t-il vu sa main trembler et soudainement réalisé qu'il avait 74 ans, le même âge que Kazantzakis à son décès, et il s'est dit : je dois vivre à l'excès.

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Souvenez-vous de ce que vous avez trouvé dans ces livres et les rêves que ces trouvailles vous ont procurés : un signet en forme de chow-chow ; un reçu de la bibliothèque indiquant l'emprunt de 3 livres érotiques et d'un guide de voyage du Maroc ; un morceau de papier avec un numéro de téléphone et les mots pour toujours ; des billets pour un concert de Serge Reggiani ; une photo d'une jeune femme dans le jardin de Casa Loma ; des notes marginales écrites au crayon et décrivant une expérience religieuse semblable à celle de l'auteur ...

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Mes frères et soeurs, je découvre votre présence chaque fois que je lis un livre de la bibliothèque. Votre présence hante ma lecture, m'indique que je fais partie d'une grande communauté de lecteurs, d'amateurs des mêmes auteurs que moi, je me réjouis à l'idée que je ne suis pas le premier à cheminer en ces pages, le premier à découvrir les merveilles de ce monde imaginaire ... Et j'espère que je ne serai pas le dernier, que d'autres auront des plaisirs de lectures égales aux miens.

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Cette présence humaine que préserve le livre physique à chaque emprunt n'existe pas avec les livres neufs, ni les livres numériques. Avec ces formats, il n'est pas question de partage, mais de possession. On est peut-être le premier lecteur, mais seul, isolé, sans héritage. Ce sont nous, mes frères et soeurs, emprunteurs de la bibliothèque, qui sommes riches d'un héritage commun, d'un trésor partagé !

Lisons, imaginons, et partageons!

Séraphin: nostalgie d'une époque imaginée

December 29, 2013 | Louis | Comments (3) Facebook Twitter More...

Quel est le concept qui désigne une nostalgie pour quelque chose que nous n'avons pas vécu, que nous imaginons? Est-ce fausse nostalgie? Nostalgie imaginaire? Nostalgie tout court?

Ou bien, pour les Canadiens français, devrait-on dire Séraphin?

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Je me pose ces questions en terminant une lecture fascinante de Séraphin : nouvelles histoires des Pays d'en Haut, Tome 1 (Texte inédit) de Claude-Henri Grignon, publié cette année par Québec Amérique.

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[Évitons toute confusion - ceci n'est pas une réimpression du livre original de Grignon de 1933, Un homme est son péché. En fait, la découverte de ces textes est une aventure en soi, un travail de recherche méticuleux de la part du collectionneur Rosaire Fontaine. Je vous laisse découvrir cette quête en lisant la préface de Pierre Gagnon et l'avant-propos de M. Fontaine.]

Je croyais bien tout connaître des Pays d'en Haut, ayant lu le livre, entendu des extraits des émissions radiophoniques, et surtout ayant regardé les nombreux épisodes de la série télévisée (diffusée pendant 14 ans, de 1956 à 1970). Je connais bien les traits, les expressions, et les péchés des personnages principaux de cette saga: Séraphin, Donalda, Alexis, le docteur Cyprien, Angélique, Pit Caribou, le Père Ovide, le notaire Lepotiron, et de nombreux autres.

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Certes, nous retrouvons ces personnages familiers dans ce livre, et nous les observons au cours d'épisodes typiques de la vie de colons des Laurentides en 1889. Mais ce qui me frappe le plus, et ce qui à mon avis rend ce livre (et le monde imaginaire de Grignon) si passionnant, c'est la présentation idéalisée de la vie et des coutumes d'antan. Nous nous laissons facilement avoir par ce mensonge romantique d'une vie de colon si simple, si innocente, si noire et blanche.

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Une vie sans voiture, avec beaucoup moins de bruit. Une vie où chaque personne a un métier et n'a pas à compétitionner avec d'autres. Une vie où tout le monde est catholique et se rend en "sleigh" à la messe de minuit. Où les hommes savent bucher, défricher, et s'occuper des animaux. Où les femmes, en excellentes ménagères, peuvent tout faire, du savon aux chandelles, de la tarte au sucre aux galettes de sarrasin. Où les parties de sucre et de pêche rassemblent les membres de la communauté en une harmonie parfaite. Où on chante, on conte, on danse comme nous ne le faisons plus. Où on mange les mets traditionnels que nous n'avons plus le temps de préparer.

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Même l'avarice si poussée de Séraphin, s'il nous semble toujours aussi affreux, a quelque chose d'innocent et de simple comparé à l'avarice systématique d'aujourd'hui. Qu'est Séraphin, sinon l'incarnation d'une sorte de supercapitalisme émergent, où l'accumulation de profit et de biens devient la valeur absolue, où les lois de la société sont utilisées au profit des riches ("la loâ, c'est la loâ!" comme le dit si souvent Séraphin), et où la charité, l'entraide, et la compassion ne peuvent jamais vaincre les hypothèques, les dettes de crédit, les petits salaires, et tout l'abus systématique qui crée un monde où 1% de la population détient presque toute la richesse du monde. Eh oui! Les Séraphins du monde d'aujourd'hui contrôlent beaucoup plus qu'un simple village!

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Revenons au livre. Je vous le conseille fortement. Non seulement Grignon a un style bien facile à lire, mais son monde imaginaire ne cesse de nous rendre nostalgiques pour une merveilleuse époque inventée!

 

SALON DU LIVRE DE TORONTO RÉTOX!

December 5, 2013 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

Enfin! L'attente est terminée!

 

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Voici la 21e édition du Salon du livre de Toronto!

 

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Si vous êtes comme moi,laissez tout tomber et courez à la Bibliothèque de référence (789 rue Yonge [au nord de Bloor]).

 

Courez! Vite! Car le Salon du livre de Toronto n'a lieu que pour 4 jours, du 4 au 7 décembre 2013.

 

Heures d'ouverture:

Jeudi 5 décembre: de 9 h à 16 h

Vendredi 6 décembre: de 9 h à 21 h

Samedi 7 décembre: de 9 h à 18 h

Entrée: Adulte 6 $  Étudiant 5 $  Enfant venu en famille GRATUIT

 

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Venez rencontrer Julie Maroh, l'auteure de la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude et Skandalon, Éric Dupont (auteur du roman La fiancée américaine [Prix des libraires 2013 et Prix littéraires des collégiens 2013]), France Daigle (l'auteure de Pour sûr), et de nombreux autres auteurs, artistes, et vedettes.

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Sans parler des exposants et des incroyables trésors qu'ils offrent pour l'achat!

Consultez le site www.salondulivredetoronto.ca pour en savoir plus, et préparez-vous à la ré-intoxication au Salon!

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Le sang de juin et le complot d'octobre

October 5, 2013 | Louis | Comments (1) Facebook Twitter More...

Ceci est arrivé dans une démocratie, une nation qui respecte les lois.

 

Il est tôt, le soir d'une parade de rue pour célébrer une fête populaire. Sur un côté de la rue, des estrades ont été érigées pour recevoir les dignitaires politiques et les invités officiels. De l'autre côté de la rue, où commence un grand parc, la foule s'est rassemblée depuis la fin de l'après-midi. Des policiers sont alignés devant l'estrade honoraire, longent le bord de la rue où la parade passera, et opèrent en civil dans la foule. Les agents des services secrets surveillent à partir des estrades. Quelque chose va bientôt commencer.

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Au bord du parc, environ 30 manifestants s'agitent. Ils protestent ce qu'ils considèrent la présence provocatrice du chef de l'État à cette parade. Le chef des manifestants est hissé sur les épaules de ses camarades, et ils commencent à crier des slogans. D'autres distribuent des pamphlets dans la foule.

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En quelque minutes seulement, des policiers à casques entourent le groupe. Avant même que le chef des manifestants puisse s'avancer vers l'estrade, il est jeté par terre, emmené de force vers un camion au bord de la route, et lancé à l'intérieur. La parade n'a pas encore vraiment commencé. La police en motocyclette file à travers la foule. Certains des manifestants essayent de sauver leur chef, seulement pour se faire battre avec des matraques par la police.

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Un officier s'empare du drapeau des manifestants et le déchire devant eux. Alors qu'ils s'indignent, un rugissement traverse la foule recueillie dans le parc, au bord de la rue. Il semble que des renforts policiers on été appelés et qu'ils descendent du sud, à travers le parc, vers la rue. Pensant qu'ils ont affaire à une grande manifestation, ils fondent sur la foule, utilisant leurs matraques au hasard pour frapper n'importe qui se trouve sur leur chemin. Ceci cause une ruée vers la rue, directement dans le parcours de la parade.

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Les matraques montent et tombent sur quiconque a le malheur d'être proche: des hommes, des femmes, des femmes enceintes, des enfants, des gens âgés. On compare la douleur d'être frappé par une matraque à une décharge électrique, l'impression que les os se font briser à l'intérieur, que les nerfs se font serrer dans un étau sans pitié.

 

Les gens dans la foule courent dans toutes les directions, ayant peur d'être piégé et frappé par la police. Leur seule défense, leur seule façon de riposter, est de lancer des bouteilles. Des bouteilles sont lancées vers l'estrade, vers ceux qu'on tient responsable pour ce chaos.

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Quiconque est jeune, ressemble à un hippie, a l'air de faire partie de la "contreculture", est agressé par la police, lancé au sol, battu à la matraque à même le sol. Trois ou quatre policiers prennent bras et jambes et traînent la personne à travers la rue couverte de bouteilles cassées jusqu'au camion de police, tout en continuant à la matraquer.

 

Scènes du film, Taire des hommes (1968)


D'autres sont frappés à la tête à coup de matraque. Ceci leur fait perdre connaissance, les fait tomber sur la chaussée. Ils sont ramenés à eux par la douleur des policiers qui tordent leurs membres, les étouffant par le cou, les battant à l'aine et au ventre, jurant contre eux, les traitant de "bon-à-rien".

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La police chasse les gens jusque dans la parade, jusqu'au milieu des fanfares et des participants en costume. La rue résonne de cris, de klaxons, de bouteilles cassées, de slogans, de jurons, de sirènes.

 

Des feux sont allumés dans le parc. La fumée se répand dans la région à cause de cocktails Molotov rapidement improvisés. Une voiture de police est retournée et brûlée par la foule révoltée, et deux autres voitures subissent le même sort.

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Les policiers battent un jeune homme au sol et ils continuent à le battre jusqu'au point où il cesse de bouger. Ils le frappent au visage, aux jambes, à l'aine. Le sang coule de sa tête. "Arrêtez!", quelqu'un crie. "C'est un lanceur de bouteilles", dit un des policiers en secouant sa matraque pleine de sang. La foule s'avance pour sauver le jeune homme, mais la police l'emmène rapidement hors de portée.

 

Même les journalistes n'échappent pas à la violence. La police leur crie d'arrêter de s'occuper des arrestations et de se concentrer sur la parade, et ceux qui désobéissent se voient confisquer leur équipement, sont poussés au sol et arrêtés, ou simplement frappés à la matraque.

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Soudainement, du fond du parc, arrivent la police montée, six chevaux en ligne, les policiers armés de gros bâtons de bois de 4 pieds de long. Ils foncent sur la foule, assommant femmes, enfants, gens âgés. Ils frappent les épaules, le dos, fendent des crânes sans remords. Les gens sont piétinés en essayant de se sauver, ils se cassent le nez, les dents, la mâchoire, lorsqu'ils tombent à plat sur la rue. Un policier enragé crie, "charge the French Canadians!"

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Un enfant, fou de peur, crie, "Maman, maman!" Un policier à cheval passe trop proche de lui et le frappe de sa matraque au visage. L'enfant s'affaise au sol. Le policier arrête son cheval, donne un petit coup de bâton à l'enfant pour s'assurer qu'il est encore vivant, puis continue sa poursuite des autres dans la foule.

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Un jeune homme, piégé entre une voiture de police et un policier à cheval, se fait battre brutalement. Le policier le frappe tellement fort qu'il brise sa matraque, mais il continue de le frapper avec une matraque cassée. Son cheval se cabre soudainement, ses sabots tombent sur le jeune homme, l'écrasant.

 

Les bouteilles volent dans l'air, essayant d'atteindre l'estrade où le premier ministre est assis, défiant la foule, souriant devant cette scène déroutante. Quand les agents de sécurité réussissent à le convaincre de partir, la ligne de policiers devant l'estrade est maintenant libre de se joindre aux autres pour réprimer la foule, et ils avancent agressivement avec leurs matraques. "Maudit séparatiste", en crie un en frappant un homme à l'estomac.

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Ils battent les gens jusqu'à l'nconscience avant de les lancer, ensanglantés, en douleur extrême, dans la cellule serrée du camion de police. Ils sont entassés, de 15 à 20 dans un espace conçu pour 10, certains debout, assis, couchés. Il fait chaud comme dans un four, avec très peu d'aération. Ils ont des coupures, des os cassés, des côtes cassées, des nez brisés, des coudes fracturés, des visages enflés, des bleus partout sur le corps.

 

Dans les camions, ceux qui ont été arrêtés essayent d'aider les blessés du mieux qu'ils peuvent: des tourniquets improvisés, des compresses faites de chandails déchirés, du soutien moral. Quand ils demandent aux policiers, à travers la petite fenêtre d'aération, s'ils peuvent avoir de l'eau, ils se font dire, "Crevez!"

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Dans un des camions, une personne sans connaissance est étalée, son crâne fracturé. Craignant pour sa survie, les autres personnes plaident avec les policiers pour qu'ils lui donnent de l'aide médicale. "Laissez-le mourir comme un chien!", est leur réponse.

 

Les camions sont conduits à diverses stations de police. En arrivant, les portes du camion sont ouvertes et ceux qu'on a arrêtés font face à deux lignes de vingt policiers menant à l'entrée de la station. Les policiers rient, crient des insultes, se préparent à frapper. "Qu'est-ce qui se passe?", un des manifestants demande d'une voix tremblante. "Ne tombe pas", affirme une personne courageuse, "ne leur donne pas le plaisir de tomber".

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Un journaliste qui couvre la parade pour la société de diffusion nationale nomme la soirée "le lundi de la matraque". Ses supérieurs l'accusent d'un manque d'objectivité et le suspendent. Ses collègues répondent en refusant de couvrir l'élection nationale du lendemain soir.

 

Somme toute, 292 personnes sont arrêtées, dont 81 mineurs. 123 personnes sont gravement blessées, y compris 42 policiers.

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C'est le 24 juin, 1968. Montréal, PQ. La belle province.

 

Deux ans plus tard, le 5 octobre, commence ce qu'on nomme la Crise d'Octobre, avec l'enlèvement du diplomate britannique, James Cross. Agissant sous la Loi des mesures de guerre, 497 Québécois seront arrêtés et détenus sans mandat, sans caution, sans droits.

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Pour comprendre l'origine de la crise, nous devons revisiter cette soirée de juin 1968. Des 292 personnes battues et arrêtées ce soir là, deux étaient d'éventuels membres de la cellule Chénier, le groupe qui eleva et assassina le Ministre du Travail, Pierre Laporte.

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La vérité reste cachée, comme le révèle Louis Hamelin dans son roman fascinant, La Constellation du Lynx, récipient du Prix Littéraire des Collégiens 2010, du Grand Prix littéraire de la Presse québécoise 2011, du Prix Ringuet 2011, et présentement en nomination pour le Prix Giller pour sa traduction anglaise.

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Il paraît que même Robert Bourassa, le Premier Ministre du Québec pendant la crise, aurait dit: la Crise d'Octobre est notre assassinat de Kennedy.

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Complot, dissimulation? Une chose est certaine: la vérité n'est pas la version officielle.

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"Depuis l'automne". Si on avait besoin d'une cinquième saison (1975) / Harmonium

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