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Les Rebelles Oubliés

April 18, 2016 | Louis | Comments (0)

Vous souvenez-vous du 20e siècle? Ses évènements, ses défis, ses contraintes sociales? Ses révolutions, ses révoltes, ses rebelles?

Connaissez-vous l'origine de votre liberté d'esprit, d'expression, de moeurs? Ces libertés étaient à l'horizon jusqu'aux jours d'après-guerre, puis des pionniers courageux les ont dépassés, nous forçant à reconsidérer, à accepter, à évoluer.

Notre société change et les rebelles sont oubliés. Leurs gestes si radicaux d'autrefois se fanent et ne sont plus compris.

Suite à mes lectures récentes, je pense à trois cas qui démontrent bien ma thèse:

 

Borduas : Le rebelle de Saint-Hilaire

En lisant le magnifique livre de Pierre Lambert, Borduas : le rebelle de Saint-Hilaire (2015), je comprends mieux les difficultés qu'à eux Borduas à s'adapter au Québec au cours des années de "Grande Noirceur", les raisons de ses exiles à Paris et à New York. En se replaçant dans le contexte du temps, on comprend mieux la radicalité de la pensée et des oeuvres de Borduas, le courage qu'il a eu de s'aventurer toujours plus loin vers l'art abstrait et l'anticléricalisme.

Paul-Émile Borduas          Refus Global

En se rappelant les enjeux de sa vie, on ne peut que l'admirer davantage et réaliser à quel point nous avons encore beaucoup à apprendre de lui, qu'à sa façon il reste toujours à l'avant-garde des artistes canadiens.

Et quelles toiles!

Borduas painting Borduas painting
Borduas painting Borduas painting

Autre cas: Marcel Dubé, pionnier du théâtre québécois, s'est éteint le 7 avril 2016. Cet auteur et dramaturge, ayant écrit autant pour la télévision que pour le théâtre, a marqué profondément la société québécoise en présentant des idées controversées à propos de la famille, la religion, la guerre, le rôle des femmes, la pauvreté, et l'injustice.

 Un simple soldat play Les beaux dimanches premiere Marcel Dubé Florence play with Miller and Godin

Que reste-t-il de l'impact bouleversant que causaient les pièces de théâtre et les téléromans de Dubé? Qu'est-il arrivé à la première génération de ses spectateurs? Ceux qui ont été transformés en voyant Zone, Un simple soldat, Florence, De 9 à 5, Les beaux dimanches?

 

  Zone Florence Les Beaux Dimanches Un simple soldat


Enfin, nous avons tant changé...

Je vous conseille une relecture de ses oeuvres, ou, encore mieux, de voir une pièce de Dubé au théâtre. Vous réaliserez rapidement que Dubé, comme Borduas, a encore énormément à nous enseigner.

Dernier cas: qui se souvient des oeuvres de René Barjavel? Qui pense aux idées de ce pionnier et maître de la science-fiction française, autant prophète que futuriste? Les oeuvres de Barjavel ne perdent pas l'impact de leur philosophie et leurs avertissements.

BarjavelSes romans examinent avec grande lucidité la complexité des idées telles que voyager dans le temps, notre dépendance dangereuse à l'electricité, les causes et effets de l'Histoire, le progrès scientifique au dépens de la moralité, etc. Pour Barjavel, l'amour est toujours l'ultime richesse, et il ne peut y avoir de vrai progrès, scientifique ou social, sans amour.

 

Une rose au paradis Le grand secret La nuit des temps

Ravage Le voyageur imprudent La tempête l'Enchanteur Le prince blessé

L'amour et la science-fiction? Oui, et ça n'a rien du roman à l'eau de rose! Enfin, c'est de la science-fiction adulte pour un monde où nous devons agir en adulte (c'est à dire, en acceptant les conséquences de nos actes), ce qui explique sa radicalité.

Redécouvrez Barjevel, vous en serez surpris!

Quelques œuvres pour la Semaine de la Francophonie

March 10, 2016 | Patrick | Comments (0)

La Semaine de la Francophonie de Toronto sera du 17 au 24 mars, une célébration des communautés réunies par la langue française. C’est occasion de savourer des spectacles d’artistes canadiens et internationaux, voire de revisiter quelques œuvres francophones parues en 2015.  

D'abord, l’an dernier a vu la parution des nouveautés de trois incontournables de la littérature francophone. Dans La dernière nuit du Raïs, l'écrivain algérien Yasmina Khadra se met dans la peau du feu Mouammar Khadafi, le dictateur de Libye, à quelques heures de la fin de sa vie. Alain Mabanckou retourne à sa Pointe-Noire natale avec Petit Piment, l’histoire d’un jeune orphelin à la dérive dans un pays en transition. Avec Mets et merveilles, la grande auteure guadeloupéenne Maryse Condé a livré des mémoires axant sur la cuisine.

La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra Petit Piment d'Alain Mabanckou Mets et merveilles de Maryse Condé

Didier Leclair, Franco-Torontois d'origine rwandaise, a lancé son sixième roman, Pour l'amour de Dimitri, un regard intimiste sur les tensions familiales et le pouvoir de l'écriture.  Après une pause de sept ans, Nathacha Appanah est de retour avec En attendant demain, dans lequel l'écrivaine mauricienne met la vie d'un couple à la loupe. Et dans La légende de l'assassin, l’auteur togolais Kangni Alem présente un avocat au seuil de la retraite, qui réexamine une affaire qu'il a perdue au début de sa carrière.

Pour l'amour de Dimitri de Didier Leclair En attendant demain de Nathacha Appanah La légende de l'assassin de Kangni Alem

Deux jeunes talents ont continué à tailler leur place dans ce domaine littéraire, aussi.  Joël Dicker a suivi le phénomène La vérité sur l'affaire Harry Quebert avec Le livre des Baltimore. Cette fois-ci, le romancier suisse appât ses lecteurs avec un drame — ou plutôt, un Drame  qui hante la famille de Marcus Goldman, le protagoniste de son dernier. Ensuite, Pierre-Luc Landry d'Ottawa a livré Les corps extraterrestres, l’histoire de deux personnages qui se débrouillent dans un univers parfois banal, parfois décalé. Enfin, en réédition, on trouve le chef-d’œuvre haïtien Amour, colère, et folie de Marie Vieux-Chauvet, qui raconte le quotidien terrifiant sous Papa Doc Duvalier.

Le livre des Baltimore de Joël Dicker Les corps extraterrestres de Pierre-Luc Landry Amour, colère et folie de Marie Vieux-Chauvet

Je vous souhaite une excellente Semaine de la Francophonie !

Avez-vous déjà lu tous les prix littéraires de cette rentrée 2015 ?

February 25, 2016 | Peter K | Comments (1)

La fièvre de la fameuse rentrée littéraire de 2015 est finie. Les batailles pour tous les prix littéraires de l’année sont presque oubliées.

C'est le moment le plus confortable pour nous les lecteurs, car tous les titres qui ont gagné et les autres qui étaient en lice sont déjà disponibles dans la bibliothèque: dans la forêt de themes, d’écritures et de bouquins tellement variés, on peut se balader sans cesse pour satisfaire ses gouts littéraires. 

 

Ce coeur changeant

La Cache Villa des femmes Victor Hugo vient de mourir Ce pays qui te ressemble Nous serons des héros

La septième fonction du langage La petite femelle

 

 

 

 

Anomalie des zones profondes du cerveau

Les Désoeuvrés Histoire de l'amour et de la haine Le metteur en scène polonais Quand le diable sortit de la salle de bain Ann Le Beau temps Il était une ville

 

 

 

 

 

Parmi les livres les plus discutés et attribués sont ceux qui mettent l'accent sur le monde arabe, la civilisation de l’islam, les pays du Maghreb et le mythe méditerranée. Liés à l'actualité et aux inquiétudes d’aujourd’hui, ils confrontent l’image simpliste et déformée d’un Orient musulman.  

 

Boussole

Bernard Pivot, le président de jury de Goncourt a expliqué le choix de « Boussole » en disant que pour mériter le Goncourt il faut une histoire, une écriture et une ambition.  Il ne fait aucun doute que ces trois éléments sont dans Boussole.

Mathias Enard, récompensé pour son dixième livre, a construit une narration enivrante, presque hallucinante qui ne dure qu'une nuit et qui nous amène de Vienne à Istanbul et à Téhéran en passant par Damas et Palmyre.  Le narrateur, un musicologue et orientaliste, revit sa vie passionnée de l’Orient comme espace d’inspirations et d’aventures artistiques et personnelles.

 

Les Prépondérants« Les Prépondérants » — un des lauréates du Grand prix du Roman de l'Académie française — se déroule dans un petit village du Maghreb au début des années vingt, c’est-à-dire aux temps de l’époque coloniale où tout le monde vivait sous le protectorat français et parlait le français qui était la langue des colons. Hédi Kaddour nous donne une vision ironique des temps de changement apporté par l’autre (une équipe de cinéma de Hollywood) qui semble supérieure mais finalement il pose des questions sur deux mondes — Orient et Occident — en plein chaos et envahi par l'hypocrisie.

  

2084

Inspiré par 1984 de George Orwell, Boualem Sansal, écrivain algérien, offre une dystopie effrayante sur les systèmes totalitaires qui sont exclusivement religieux dans son livre « 2084 : La fin du monde » couronné du Grand prix du Roman de l'Académie française.  Sansal a créé une critique féroce de la société contrôlée par le principe de l'amnésie et par la soumission. Un écrivain engagé et contestataire par excellence, il voulait résister à un ultra radicalisme religieux « pour être plus présent, plus dans le débat et plus et mieux écouté »

 

  

 « D'après une histoire vraie » qui a gagné le Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2015 oscille entre fiction et réel. Tout le monde a fait des remarques sur l’écriture superbe. Si vous aimez les récits autobiographiques et les formes littéraires qui utilisent de l’autofiction, vous serez certes attirés à ce livre. Delphine de Vigan a créé un personnage d’auteure qui s’appelle Delphine qui a remporté un grand succès avec son roman. C’est un point de départ pour une réflexion sur l’insupportable besoin de force nécessaire pour continuer d’écrire et d’achever une œuvre.

 

D'apres une histoire vraie                         Titus n'aimait pas Bérénice

« Titus n'aimait pas Bérénice » — le livre couronné par le Prix Médicis – est une histoire écrite du point de vue féminin, histoire d’amour contemporaine de Bérénice abandonnée par son amant qui décide de comprendre le chagrin d’amour de Bérénice de Racine.  Cela permet à Nathalie Azoulai de présenter Racine et son temps d’une façon très fraiche et émouvante.  Elle montre sa fascination pour la langue et la vision de l’amour de Racine.  Elle souligne : «Il a une vision de l’amour — excessive, déballée, impudique — qui n’a rien à voir avec celle de ses contemporains.  Notamment du point de vue des femmes, qu’il expose sur scène nues avec leurs désirs.  C’est d’une modernité et d’une audace absolues.»

Parmi les nombreux prix littéraires de la langue française au Canada, j’ai choisi deux, car ils comptent beaucoup et sont très attendus, particulièrement à Toronto: Prix littéraire du Gouverneur Général dans la catégorie romans et nouvelles et, bien sûr, Prix Trillium, ouvert exclusivement aux écrivaines et écrivains franco-ontariens.

 

La Fabrica À la recherche de New Babylon Séna Traité des peaux  Clinique De Marie de l'Incarnation J'Irai danser sur la tombe de Senghor Vol de l'ange

Prix du Gouverneur Général a été remis à Nicolas Dickner, écrivain très accompli, pour « Six degrés de liberté ».  Dickner était un des cinq finalistes, les quatre autres étant des femmes.

 

Six degrés de libertéTous les livres ont mérité amplement le prix: ils étaient applaudis tant par la critique et que par des lecteurs, mais « Six degrés de liberté » en particulier a attiré beaucoup d'éloges. L’idée capitale est saisissante : un voyage dans conteneur maritime ou aérien, peu importe le point de départ ou la destination comme acte clandestin de libération absolue. Le roman est captivant, avec les personnages construits d’une manière originale, une narration très fluide et maitrisée, sans oublier l’humour et l’ironie, ainsi que des observations éblouissantes sur la société de consommation.

 

Les finalistes pour le prix Trillium du livre de langue française étaient: Martine Batanian pour « Clinique », Michel Dallaire pour « Violoncelle pour lune d’automne », Blaise Ndala pour « J’irai danser sur la tombe de Senghor », Daniel Poliquin pour « Le Vol de l’ange » et Patricia Smart pour « De Marie de l’Incarnation à Nelly Arcan ».

Violoncelle pour lune d'automne

Le prix a été décerné à Michel Dallaire pour « Violoncelle pour lune d’automne », un roman nostalgique et captivant sur l’inspiration et la rupture artistique qui sont profondément présentes dans la vie de trois personnages: père, mère et fille. L'expérience du temps et de l’espace sont rendus avec une sensibilité très émouvante au réel et à l’imaginaire. L’écriture est enrichie par l’omniprésence de thèmes consacrés à la poésie et à la musique. Selon le jury, Michel Dallaire « nous révèle avec une grande finesse les déchirures secrètes de personnages étouffées par leur propre silence ».

 

 

Pour plus d’informations sur les palmarès et les finalistes, vous pouvez consultez le lien Les prix littéraires de langue française sur le site de la Bibliothèque publique de Toronto où vous pouvez, avec votre carte de bibliothèque, emprunter des titres selon votre préférence.

Amélie Nothomb, Éric-Emmanuel Schmitt — bienvenue à MaBiblioNumérique

February 1, 2016 | Patrick | Comments (2)

MaBiblioNumériqueAvez-vous déjà découvert MaBiblioNumérique, notre nouvelle plateforme pour télécharger des livres numériques en français? Lancé en mars 2015, MaBiblioNumérique a transformé notre collection avec ce format populaire, grâce à sa sélection sans précédent de nouveautés canadienne-françaises. La collection est maintenant trois fois plus grande qu'au début de l'année, et contient la meilleure littérature contemporaine du Canada ainsi qu'un échantillon important de livres documentaires.

Or, 2016 débute avec une autre excellente nouvelle pour les lecteurs et lectrices des livres numériques : les œuvres des Éditions Albin Michel seront désormais disponibles de MaBiblioNumérique. Grande maison d'édition française, Albin Michel est l'éditeur des écrivains à succès Amélie Nothomb, Éric-Emmanuel Schmitt, Pierre Lemaître, Katherine Pancol, Stephen King, et Mary Higgins Clark, pour en énumérer que quelques-uns. La participation de cette maison d’édition à cette plateforme est donc un grand pas en avant pour la collection.

Le crime du Compte Neville d'Amélie Nothomb Pétronille d'Amélie Nothomb La nuit de feu d'Eric-Emmanuel Schmitt Le poison d'amour d'Eric-Emmanuel Schmitt

 L'effet papillon de Jussi Adler Olsen  Dossier 64 de Jussi Adler Olsen Mr Mercedes de Stephen King Au-revoir là-haut de Pierre Lemaitre
Toute la lumière que nous ne pouvons voir d'Anthony Doerr
Muchachas 1 de Katherine Pancol Muchachas 3 de Katherine Pancol Jules de Didier van Cauwelaert
 
Alex de Pierre Lemaitre Que ta volonté soit faite de Maxime Chattam Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden L'affaire Cendrillon de Mary Higgins Clark

Visitez MaBiblioNumérique aujourd'hui pour trouver toutes les nouvelles acquisitions, d'Albin Michel et de maintes autres maisons d'édition. Pour plus de renseignements sur ce service y compris des renseignements pour divers appareils, veuillez naviguer à la page d'aide générale de la plateforme. Ne vous gênez pas non plus de contacter Answerline TO ou la succursale près de chez vous si vous avez des questions.

Les romans policiers : mes premiers pas

January 16, 2016 | Patrick | Comments (0)

Tel que nombreux bibliothécaires, je lis constamment. En ce moment, une dizaine de romans empruntés sont parsemés partout dans mon appartement; au moins un à la portée de la main, en fait, peu importe où je m'assieds. Ce qui m'est coutume... Cependant, malgré mon caractère de liseur vorace, je connais mal les polars ou romans policiers. Vu la popularité du genre, j'estime cette lacune inacceptable, et donc a pris la résolution de combler ce manque en 2016.

Heureusement, nos nouveaux polars me donnent pas mal de sélection, car nous avons acheté des exemplaires tout au cours de l'année. Plusieurs parmi eux me sautent à l'œil, des œuvres d'auteurs chevronnés et de talents nouveaux; certains de chez nous—

Usage de faux de Sylvie-Catherine de Vailly Six minutes de Chrystine Brouillet L'heure sans ombre de Benoit Bouthillette Le mauvais côté des choses de Jean Lemieux

—autres de la France et la Francophonie—

La mort au festival de Cannes de Brigitte Aubert Maman a tort de Michel Bussi Lontano de Jean-Christophe Grange Tromper la mort de Maryse Rivière

—voire des polars en traduction.

La piste noire de Asa Larsson Macabre retour de Kathy Reichs Un long retour de Louise Penny Les nuits de Reykjavik de Arnaldur Indridason

Comme point de départ, je vais commencer par deux recueils récents, Crimes à la librairie et Crimes à la bibliothèque. Deux ouvrages québécois, ils offrent des nouvelles inédites d'une gamme d'auteurs contemporains; toutes axent sur un crime commis dans le lieu précisé par le titre. J'y vois une introduction idéale au genre, une façon de goûter une diversité de styles, et un moyen d'identifier mes prochaines sélections. À voir quels écrivains seront mes prochains coups de cœur! 

Crimes à la bibliothèque Crimes à la librairie

Vivre avec toi

January 5, 2016 | Louis | Comments (0)

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Serge Fiori - Serge Fiori

À mon ordinateur, un après-midi d'été, la fenêtre ouverte, chaleur, souffle du vent, Fiori chante le monde est virtuel et des accords émergent de l'intangible, des sons qui me ramènent vingt ans auparavant, chez mes parents, les disques d'Harmonium, les odeurs d'un spaghetti maison, les jappements de mon chien, mon frère couché sur le divan qui lit Jules Verne, et ma mère qui crie, les gars, pouvez-vous mettre la table?

 

 

 

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 Sur la Terre - Pierre Flynn

Quelques jours avant le 50e anniversaire de mariage de mes parents, je marche sur Yonge vers Eglinton, des rafales de feuilles me fouette le visage, j'écoute la chanson 24 secondes et je me sens soudainement tout ému, je pense à mes parents, à ma femme, je sais que Flynn a raison et qu'on perd toujours le temps, qu'on se perd dans le temps, et combien de temps avant..., que faire, que faire pour le ralentir, ce vilain temps?

 

 

 

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Si l'aurore - Marie-Pierre Arthur

Il y a dix minutes que je conduis nord sur Woodbine, un dimanche ensoleillé, ma femme est déjà endormie sur le siège avant, je jette un coup d'oeil au rétroviseur, mon fils a encore les yeux ouverts, petit sourire moqueur qui dit si tu penses que je vais faire ma sieste si vite que ça!, Marie-Pierre chante et enchante, je tourne sur le Danforth et la musique est merveilleuse, si elle chantait en anglais elle serait déjà un triomphe, feu rouge, je lève les yeux et mon fils dort en ronflant, je suis heureux.

 

 

 

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Temps bipolaire - Navert

Ces soirs, vous connaissez?, ces soirs où nos vies nous semblent artificielles, fades, de douloureuses moqueries, et le vin n'enseigne rien, les conversations ne sont que des embuscades, affaissé sur le divan, les yeux dans le vide, on écoute et on se laisse bercer, la musique coule entre nos synapses comme un sirop d'érable couché sur la glace qui se fige et devient la plus douce tire jamais consommée...

 

 

 

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Mille éclairs - Baden Baden

À mi-chemin entre la ville et Centre Island, la brise est délicieuse quand l'humidité de l'été est sans relâche, tu te retournes vers la ville et tu vois cette incroyable chose qu'on nomme Toronto et tu insistes pour que ton fils identifie la Tour CN et le Skydome, c'est sa ville natale après tout, et tu penses que tes grands-parents sont venus ici pour la première fois à cinquante ans, auraient-ils imaginé que leur arrière-petit-fils verrait le jour à l'hôpital St-Michael's, que son français ne soit pas chose acquise?

 

 

 

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Octobre - Les Cowboys Fringants

Sur la 401, retour de Montréal, le coeur gros parce que c'est dimanche et que demain c'est le travail, et quand les guitares commencent, quand le violon chante, quand la batterie et la basse embarquent, et quand les instruments à vent s'éveillent, l'euphorie me serre la gorge, j'ai le désir de foncer, ne jamais m'arrêter, je me retourne et je regarde mon fils avec le plus grand des sourires et je lui dis, eille, tu chantes pas?!

 

 

D’amour et de turbulences, « Scribare, Art poétique », inédit

December 21, 2015 | Languages and Literature, Toronto Reference Librar | Comments (0)

Gaston TremblayMa résidence à la bibliothèque de référence est terminée. J’aimerais remercier tous ceux qui m’ont accueilli à Toronto et tous ceux qui ont participé aux évènements. Plus particulièrement, je remercie Rosa, Monika, Céline et Peter et tous les écrivains qui ont soumis leur manuscrit.

My residency at Toronto Reference Library has come to an end. I would like to thank all the people who welcomed me in this fine institution and all the participants in the events. Especially, I would like to offer my thanks to Rosa, Monika, Céline and Peter and all the writers who submitted their manuscripts.

 

 

ART POÉTIQUE
Pour Philippe

Depuis ce temps-là… il marche
Dans ses propres pas
En boucle fermée, tel qu’il a été conçu
Comme si sa vie était un rêve devenu réalité

Since the dawning of time… he walks
In his own footsteps
In a perfect bow, as he was conceived
As if his life was a dream becoming reality

Depuis le temps de l’écriture… il retourne
Dans ses propres pas
Pour réviser tout ce qu’il a déjà vécu
Comme si son destin était un rêve infini

Since the dawn of writing… he returns
In his own footsteps
To revise all that he has already lived
As if his destiny was an infinite dream

De rafales en rafales
Dans l’aveuglement du blizzard
L’enfant pose ses pieds devant lui…
Ses galoches de caoutchouc brun
S’enfoncent dans l’évanescence de ses empreintes

From a flurry to a gust
In the blinding blizzard
The child puts a foot in front of the other
His soft brown rubber boots sinking
In the evanescence of his own footprints

Depuis lors, le temps qui passe et repasse
Se mesure à la profondeur
De ses traces dans un champ de neige
Comme dans le vif de la chair de cette page

Since then, time passes and passes again
And it is measured at the depth
Of his footprints in a field of snow
Like the words carved in the living flesh of this page

Et au-delà de ses pas, peu importe
Que la ligne de son sentier s’estompe
Car avec les aurores boréales comme guide
Il n’y a que le Nord et le Cœur de son Inukshuck.

Beyond his lively words and steps, no matter
That the lines of his trail are fading
With the Aurora Borealis as his guiding light
The heart of his Inukshuck is the True North of his life

 

 

Anne, la tigresse, et la paix

December 13, 2015 | Louis | Comments (0)

Paris metro

C'était un couple, un jeune homme, une jeune femme, fin vingtaine, ou début trentaine. Sauvagement détruit à Paris. Comme ça, payant un prix sans vraiment comprendre pourquoi.

 

Je ne m'en souvenais plus. La première lecture, à l'hiver 2000, avait été frénétique, sous l'influence d'une obsession vis-à-vis d'Anne Hébert. Je lisais tous ses romans, un après l'autre, comme on se doit de goûter à tous les plats d'un banquet exquis. Je l'imaginais assise dans sa petite cuisine de son appartement parisien, écrivant de toute sa concentration des poèmes et des romans juste pour moi, pour une âme comme la mienne.

Anne Herbert

(Anne, qu'aurais-tu fait du 13 novembre?)

Heloise

J'ai terminé ma deuxième lecture d'Héloïse dans le métro, entre Lawrence et York Mills, quelques jours avant le 13 novembre. Le wagon roulait dans la partie la plus noire du tunnel. Je me sentais dans le roman, j'attendais subitement l'apparition d'une jeune femme éblouissante à peau plus que blanche.


Allegory of Vanity, Trophime Bigot
                  Allegory of Vanity, Trophime Bigot (1579-1650)

 

Comme elle est sournoise et imprévisible, la Mort.

Le soir du 13, vers huit heures et quart, au milieu de notre routine pour coucher notre fils, entre le brossage de dents et les histoires avant le dodo, ma femme lève les yeux de son cellulaire et m'annonce, "il se passe quelque chose de terrible ce soir à Paris."

Elle me donne quelques détails. J'ai le creux dans le ventre. Le vertige qui survient quand le coeur refuse de croire que cela est vrai.

Je tiens bien fort la main de mon fils. Nous marchons à sa chambre. Ce soir-là, nous lisons Le prince tigre de Jiang Hong Chen. C'est l'histoire d'une tigresse qui devient folle et furieuse suite à l'extermination de ses petits par les chasseurs d'un royaume chinois. Elle attaque les villages, tue sans merci, se perd dans un délire de revanche. Le roi et la reine du royaume veulent arrêter ces massacres. Ils se font dire que la seule solution est de sacrifier leur fils unique, de l'offrir à la tigresse...

 

(Je vous laisse découvrir ce qui, merveilleusement, arrive ensuite.)

Prince tigre

 

Très tard dans la nuit, des heures après que mon fils s'est couché, cherchant moi aussi le sommeil qui n'arrive pas, observant la danse des lumières de rue sur le plafond, ma femme se retourne et se colle contre moi. Soudainement, je sens les petits coups venant de son ventre, des petits pieds ou des petites mains qui s'agitent dans le cosmos de l'utérus. Notre deuxième s'éveille; une nuit blanche avec son papa. Une douce nuit de paix que je ne tiendrai plus jamais pour acquise.

 

De la nécessité d’écrire II: Voyage dans le temps

December 7, 2015 | Languages and Literature, Toronto Reference Librar | Comments (0)

Gaston TremblayIl y a des évènements qui nous traumatisent ; tellement que plusieurs années plus tard on sent le besoin de tirer les choses au clair, si ce n’est que pour continuer à cheminer sur notre ligne de vie.

Le suicide de mon ami Paul-André et, surtout, celui de mon fils André sont de tels évènements.

J’ai longtemps cru que l’artiste était un être incomplet, une figure géométrique ouverte sur l’infini et l’éternité plutôt qu’un objet figé et refermé sur lui-même. Ainsi, son œuvre témoignerait de ses tentatives de tirer des lignes entre les points de l’œuvre inachevée qu’il croit être.

Rester ouvert sur le monde, sur l’infinité du possible, est un exercice dangereux : d’une part, il y a la voie de l’éclatement qui donne sur le néant et, d’une autre part, le chemin vers la finitude et l’inéluctable, vers la mort en nous. Il n’y a que le voyage et les traces de ce dernier qui soient réels : nos enfants et nos œuvres nous projettent dans le futur. Voir mourir son enfant, c’est mourir et survivre en même temps.

Dernièrement, pour moi, c’est la plénitude, une quasi-complétude qui s’impose ; j’ai nettement l’impression d’être abouti, d’être ce que j’ai toujours voulu être ou ce que j’ai toujours voulu être. Je ne suis pas pour autant complet, ma très grande peine, ma solitude et mon œuvre en témoignent.

Un de mes amis a fait dire ceci à un de ses personnages : « L’être humain n’est sincère qu’à travers le sexe et seulement s’il s’y abandonne complètement, le reste du temps, il n’est que superficialité, artifice et faux-semblant… » Le personnage de Thibault est un jeune homme en mal d’amour, un adolescent qui passe à l’action, ne serait-ce que pour assouvir sa soif de tendresse et satisfaire son appétit animal. Ce qui a retenu mon attention, c’est que l’on peut remplacer le mot sexe par le mot musique, par exemple, qui serait le mot de mon ami Paul-André. On entre alors de plain-pied dans un paradigme universel, une énigme qui a autant de déclinaisons qu’il y a d’individus.

Quel est mon mot ? Quel est le vôtre ? Musique, mathématiques, sexe, écriture, photographie, pouvoir, violence, argent, lecture, famille… Pour lequel vivez-vous ?

Il me semble que la réponse est tout à la fois inconséquente et essentielle… Non, absolue, car mon ami Paul-André était menteur, Dieu qu’il était menteur, mais sa musique était sublime. Malheureusement, mon fils s’est refermé sur lui-même, sur sa douleur, sur son mal à l’âme…

Dans le silence de ta mort

Il n’y a que noirceur et absence

Il n’y a que l’écho du silence

Et cette tristesse sans nom

Car nous sommes d’images et de poésies

Et l’écriture comme la musique et la photographie, sont pour moi des machines à voyager dans le temps.

Ceux qui aimeraient en savoir plus sur mes voyages dans le temps peuvent acheter mon roman, Le Grand Livre, chez leur libraire ou aux éditions Prise de parole. Le roman est aussi disponible à l’Internet et à la Bibliothèque publique de Toronto.


D’amour et de turbulences, poésies, Prise de parole, à paraitre au printemps 2016.

http://www.prisedeparole.ca/acheter-ce-livre-en-format-numerique/

Le grand livre      

 

De la nécessité d’écrire I

November 30, 2015 | Languages and Literature, Toronto Reference Librar | Comments (0)

Gaston TremblayJe ne saurais parler au nom de tous les écrivains, donc je me propose d’aborder cette question d’un point de vue tout à fait personnel.
Le lendemain de mon treizième anniversaire, je me suis retrouvé dans un collège classique sous la direction d’une trentaine de jésuites canadiens. J’étais un des plus jeunes, en fait, disons-le, j’étais trop jeune.
J’étais un enfant dans un monde d’homme de robe et d’adolescents survoltés, émotifs je n’arrivais pas à communiquer efficacement avec qui que ce soit, si ce n’est qu’en faisait des pitreries pour la galerie. Le destin est impitoyable et bien que j’étais « un petit enfant » en détresse, ni Jésus ni Dieu ne me répondait, mais les jésuites, eux, ne se gênaient pas de faire leur devoir d’état à grand coup de martinet. Aie !!! Que je les ai payées cher mes plaisanteries !


À bien y penser, ces farces plates, ces commentaires sarcastiques n’étaient que les cris de désespoir, des lapsus d’un petit garçon qui ne savait pas pourquoi il était là, pourquoi sa mère l’avait abandonné, pourquoi les prêtres le battaient avec une trop longue lanière de cuir polie, noire d’un côté et brune sang-de-bœuf de l’autre.


Au collège, l’écriture était appréciée, en français, en latin et à la rigueur en anglais. Je me suis mis à écrire des poèmes, l’écriture était alors une soupape, ma chambre de décompression, ma maison loin de celle de ma mère.


O nuit, que tu es noire
Toi qui aime boire
Tous mes espoirs
O nuit, que tu es noire


Une manière d’appréhender le monde en silence, de réconcilier mes sentiments à ma réalité et au besoin de les cacher dans un petit coffre secret, ou personne ne pourrait me les reprocher, me punir pour avoir osé penser de telles choses. C’est à ce moment-là que j’ai appris à verrouiller mes petites boîtes de vérité à double tour. Ce n’était pas des métaphores, c’était tout au plus des petites clefs, on n’a qu’à remplacer le mot « nuit » par « maman » pour entrer de plain-pied dans le monde d’un enfant de treize ans et quelques jours.


Il y a quelques années, lors de mes vacances annuelles au chalet de ma famille j’ai permis à mon fils de douze ans d’inviter un ami pour la semaine. C’était l’endroit idéal, pour les vacances de jeunes garçons : jungle dense, petite plage rocailleuse, petites îles dans la baie et un bateau avec un moteur de trois forces pour s’y rendre. Ils se sont amusés pendant quelques jours et quelques nuits de camping. Mais le petit copain qui devait partir pour le collège classique de Cornwall, apeuré par le grand départ qui s’approchait, s’est mis à s’ennuyer de sa mère. Malgré la plage, malgré le soleil et l’eau claire, le petit était coiffé d’un petit nuage gris, il avait la larme à l’œil. Tellement, que nous avons dû le reconduire à la maison. Triste histoire pour mon fils qui a perdu son ami en pleines vacances, et pour moi ce fut l’occasion de vivre un déjà vue et de comprendre in situ ce que j’avais vécu in vitro, dans un collège classique.


Pour ceux ou celle d’entre vous qui trouve cette histoire émouvante, j’ajoute que le petit camarade n’a pas eu à vivre ce que j’ai vécu, car ses parents l’on inscrit à l’école secondaire de son quartier pour quelques années, tout près de sa maman.


Pour ceux qui aimeraient en sur mes vacances au chalet ou sur mes aventures au collège peuvent commander mon recueil de poésies, Sur le Lac clair et mon roman Le Nickel Strange aux éditions Prise de parole. Les livres sont aussi disponibles à l’Internet ou à la Bibliothèque publique de Toronto.
http://www.prisedeparole.ca/acheter-ce-livre-en-format-numerique/

        Sur le lac Clair                                  Le Nickel Strange

 

 

 

 

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