Toronto Public Library Homepage

La marque Modiano

October 15, 2014 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

Avec un Modiano en Folio dans ma poche, je peux traverser toutes les villes du monde, je peux vaincre la nuit. Il est là, médicament de 200 pages, cigarettes à souvenirs, flacon de mélancolie.

  Paris

Modiano -- ce n'est pas une vingtaine de romans, c'est un crépuscule, un effort contre l'oubli, une lassitude envers la folie du monde. Ce sont des paroles chuchotées à la pénombre, une narration intime d'un journal privé, des souvenirs qui n'ont plus d'impact, plus d'importance.

  Paris

On aime Modiano comme on s'éprend d'un vieux café dans un coin négligé de la ville, comme on aime une peinture d'un artiste anonyme, comme on revient auprès d'un lac, d'un gîte, d'une forêt qui ne sont sur aucune liste des choses à voir.

  Paris

Modiano, c'est une marque. C'est une des grandes accusations de ses détracteurs -- il ne fait qu'écrire le même livre. Justement, en voilà sa beauté, son mérite, notre impression de le retrouver et de se retrouver chaque fois qu'on commence un de ses romans et que nous replongeons dans cette atmosphère si unique à lui.

  Paris

La marque Modiano : celle qui marque ses lecteurs tout autant qu'une lecture de Proust, de Perec, de Gracq. Celle qui convertit de simples lecteurs en défenseurs du projet Modiano, projet littéraire de toute une vie, projet indifférent aux modes, à la renommée, à la critique. Projet qui semble une quête pour une forme spéciale de vérité, un refus d'oublier les négligés, les faibles, les innocents, les disparus.

  Paris

Bien sûr, il y a des Modianos préféré : Le Modiano du début, acerbe, accusateur, innovateur. Le Modiano de l'Occupation. Le Modiano de la guerre d'Algérie. Le Modiano des souvenirs. Le Modiano de la mélancolie. Le Modiano enquêteur des vies brisées par l'Holocauste. Le Modiano d'un Paris qui n'existe plus, qui n'a peut-être jamais existé. Le Modiano des romans où rien ne se passe, mais où l’on sent le passé qui nous frôle.

  Paris

Et à chaque effort de médiatisation, à chaque entrevue à la télévision où Modiano semble à bout de force, incapable de terminer ses phrases, où il n'arrive jamais à condenser son projet littéraire en platitudes, nous l'acclamons, nous le respectons de plus en plus. Comment exprimer la complexité de la vie, comment prétendre à une objectivité que nous n'avons pas? Modiano, humble et sincère, n'est chez lui que dans ses livres.

  Paris

Portez Modiano dans la poche de votre manteau. Laissez de côté vos Roth et Murakami. Lisez-le et soyez séduit.

 

Modiano, 1969 - photo de D.R.
Modiano, 1969 - Photo de D.R.

Les finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général

October 10, 2014 | Patrick | Comments (0) Facebook Twitter More...

Les finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général ont été dévoilés mardi 7 octobre.

Certains sont disponibles déjà aux succursales, les autres seront sous peu. Voici sont les finalistes au catégorie des romans français :

Bondrée d'Andrée Michaud C'est le coeur qui meurt en dernier de Robert Lalonde Le feu de mon père de Michael Delisle L'orangeraie de Larry TremblayPourquoi Bologne d'Alain Farah

Bondrée d'Andrée Michaud

C'est le coeur qui meurt en dernier de Robert Lalonde

Le feu de mon père de Michael Delisle

L'orangeraie de Larry Tremblay

Pourquoi Bologne d'Alain Farah

Le lauréat ou la lauréate sera annoncé le 18 novembre.

Apprentissage, élixirs, quêtes d’identités : Les nouveaux romans d’août 2014

August 11, 2014 | Patrick | Comments (2) Facebook Twitter More...

Joyeux août à toutes et à tous !


L’été jusqu’à présent s’avère peu avenant, avec la météo divisée entre froideur inattendue ou la pluie. Ceci étant, il y a beaucoup à apprécier parmi les nouveaux romans de l’été, même si le temps n’est pas de taille. Voici quelques exemples notables.


En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule est le premier roman d’Édouard Louis, qui raconte la découverte douloureuse de son homosexualité. La Picardie de son enfance était un milieu qui valorisait une masculinité violente et exagérée. Avec sa manière efféminée et ses pulsions homosexuelles, il provoquait la honte de sa famille et la raillerie des gens du coin. Cette œuvre d’autofiction est une lecture dure, mais forcément émouvante, et a fait de Louis un véritable phénomène littéraire en France.  


Métis Beach de Claudine BourbonnaisChez nous, Métis Beach est un premier roman qui a fait jaser les critiques, écrit par Claudine Bourbonnais. L’animatrice de Radio-Canada met en scène Romain Carrier, qui à dix-sept ans a fui son village gaspésien suite à une accusation fausse. Cinquante années plus tard, il est le célèbre scénariste Roman Carr, renommé pour sa série télévisée. Métis Beach raconte son parcours, un parcours qui est autant celui des États-Unis des années 1960 que le sien.


Made in Mauritius d'Amal SewtohulAmal Sewtohul utilise également le parcours de ses personnages pour examiner celui d’un pays, mais change le cadre des États-Unis à l’Île Maurice. Made in Mauritius est à la fois un voyage initiatique, historique et géographique, mené par un ‘anti-héros mémorable.’ Laval, fils d’émigrants chinois, voit le jour dans les années 1950 dans ce pays polyculturel. Ses aventures tumultueuses à travers les années vont dévoiler les espoirs et désillusions de sa génération. Le troisième roman de Sewtohul, Made in Mauritius lui a valu le prix des Cinq Continents 2013.


L'Élixir d'amour d'Éric-Emmanuel SchmittFinissons avec le nouveau roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, L’élixir d’amour. Jadis amants, Adam et Louise se trouvent maintenant des milliers de kilomètres de l’un l’autre. Suite à une rupture dure, ils entament un débat dans leur correspondance : comment provoquer l’amour, et garantir une idylle. Saisissant dès la première page, L’élixir d’amour s’avère que Schmitt demeure un « observateur pertinent des caprices du cœur. »


Bonne lecture !

Des Cosmonautes à Chicoutimi-nord : les nouveaux romans adultes de juin 2014

June 13, 2014 | Patrick | Comments (2) Facebook Twitter More...

Bonjour à toutes et à tous !

 

Ayant presque fini mes sélections pour le mois de mai, je suis bien content que les nouveaux romans arrivent pour le mois de juin. Ci-dessous sont certains oeuvres notables de cette rentrée.


La déesse des mouches à feu de Geneviève PettersenLa déesse des mouches à feu est un récit de l’adolescence, telle qu’elle était vécue en Chicoutimi-nord, 1996. Geneviève Pettersen plonge ses lecteurs dans la vie de Catherine, face au PCP vert, le punk rock, des gars beaux comme dans les films, et les autres épreuves qui marquent ces années difficiles. Manié d’une langue claire et juste, qui donne l’impression d’y être (René Homier-Roy),  ce roman plaira à ceux qui aimeront revivre  « ce qu’il y avait de plus laid et de plus beau » de cette époque.

 

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola LafonLa petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon traite également d’une fille de quatorze ans; or, lorsque Pettersen emploie sa propre vie pour son point de départ, Lafon s’inspire de l’histoire de Nadia Comaneci. Gymnaste aux jeux Olympiques de Montréal en 1976, la jeune Roumaine a obtenu une note parfaite pour sa performance. Mais dès ce moment, le régime Ceausescu voulait profiter de cette héroïne internationale, et sa vie n’était plus la sienne. Un roman avec des thèmes de taille, dont la structure –mi-chemin entre roman et entretien fictif- apporte « des nuances et de la profondeur. »

 

L'homme qui avait soif d'Hubert MingarelliL’histoire racontée par Hubert Mingarelli dans L’homme qui avait soif est tout à fait différente. À la suite de la reddition japonaise en 1945, Hisao retourne du combat.  Parmi ses biens, un œuf de jade, qu’il a prévu offrir à sa femme. Hisao ne s’est pas tiré de la guerre indemne, pourtant : une soif déraisonnée le tourmente, qui le séparera de son cadeau. La bataille de Peleliu se dessine alors qu’il coure après sa valise, la plus sanglante de la Guerre du Pacifique du côté américain. Un roman « où règnent subtilité et simplicité, »  selon La Presse, qui a beaucoup impressionné le chroniquer de Plus on est de Fous, Plus on Lit! 

 

Le rang du cosmonaute d'Olga Duhamel-NoyerTel que Mingarelli, Olga Duhamel-Noyer met en scène un personnage hanté par son passé dans Le rang du cosmonaute. Youri est anthropologue, qui s’installe au village de Bernard-Station pour écrire sa thèse. Très jeune, il y avait habité, jusqu’à ce que la violence de son père l’a forcé de la maison. Ils ne se sont jamais rapprochés, et son retour va forcer Youri d’affronter sa douleur. Duhamel-Noyer livre ici un roman d’une écriture et atmosphère envoûtante, qui explore les « traces que laissent … les rêves de la génération précédente. »

 

Bonne lecture !

Les nouveaux romans de mai 2014

May 16, 2014 | Patrick | Comments (2) Facebook Twitter More...

Joyeuses nouvelles, mesdames et messieurs!

Les romans adultes de la rentrée littéraire de l’hiver arrivent dans nos succursales. Parmi eux se trouvent plusieurs qui ont fait jaser les critiques canadiens et français.


Réparer les vivants de Maylis de KerangalRéparer les vivants de Maylis de Kerangal
À la suite d’un accident d’auto, le jeune Simon est plongé dans un coma avancé. Malgré les efforts des médecins d’urgence, il ne se réveillera jamais. Leur vie subitement en miettes, ses parents seront présentés avec une décision pénible : permettront-ils le cœur de leur fils pour une transplantation cardiaque? Écrit avec « une sensibilité et une intelligence qui forcent l’admiration, » le nouveau roman de Maylis de Kerangal met en scène un drame humain doué d’une « poésie extraordinaire. »

 
Bison de Patrick Grainville Bison de Patrick Grainville
Au début du 19e siècle, George Catlin –portraitiste du nanti philadelphien- croise une délégation d’Indiens en route à Washington. Bouleversé par leur dignité et assurance, il renonce à son quotidien pour voyager le long du Missouri et du Mississippi, à la rencontre de tribus. Son but : raconter leur épopée avec son sa palette et son pinceau, avant que ça soit révolu. Mêlant des éléments biographiques, historiques, et romanesques, Bison est une réussite en tous ces dimensions, selon le chroniquer de Plus on est de fous, plus on lit.  (En prime : Grainville présente son œuvre sur la chaîne française RTL.)

 

Malabourg de Perrine LeblancMalabourg de Perrine Leblanc
Enseveli sous les neiges de l’hiver, le village de Malabourg devient témoin d’une violence terrible : trois jeunes femmes assassinées, les unes après les autres. Le seul témoin des meurtres, Mina se sauve en quittant le bled pour Montréal, tandis que son amant Alexis se dirige vers la France. Ils se retrouveront que des années plus tard, dans un Montréal au seuil du printemps érable. En prime : Perrine Leblanc discute de son roman avec La Presse et Le Devoir.

 

L’amour des hommes de Hélène Rioux L'amour des hommes de Hélène Rioux
Dans ce roman limpide, sensible et intelligent, Rioux jette son talent considérable sur la question de l’amour : sa nature, sa vérité, et ses mensonges. Dans un premier temps, Éléonore retrouve Clément en Corse, avant que la vie de son ancien amant s’achève. Dans un deuxième, elle est en Espagne, dépouillant son journal intime pour se rapprocher du défunt. Au troisième temps, en réfléchissant sur la poème Don Juan de Byron, elle songera à lui de nouveau. Et mâtiné parmi ses réflexions à chaque époque sont des extraits du journal de Clément, où il fait un catalogue (voire l’éloge) de ses nombreuses aventures.


Bonne lecture !

 

Duras durera

April 27, 2014 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

  Tumblr_lssnuoyl811qk3ddco1_500

Ce 4 avril, Marguerite Duras aurait eu 100 ans.

 

La Presse, Radio-Canada, et multiples autres ont tenu à souligner ce centenaire, à rappeler aux lecteurs l'immensité de son talent, et son unique voix littéraire au vingtième siècle. Elle a beaucoup écrit ; elle a beaucoup aimé ; elle a beaucoup bu ; et elle a beaucoup influencé la littérature française contemporaine.

En son honneur, et sachant à quel point elle tenait à sa parole, je vous offre quelques citations de Duras elle-même...

4

Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. (Écrire, 1993)

 

Avec les mots de tout le monde, écrire comme personne.

2

L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai, il n'y avait personne. (L'Amant, 1984)

 

Une idée est toujours une bonne idée du moment qu'elle fait faire quelque chose.

5

Je t'oublierai ! Je t'oublie déjà ! Regarde comme je t'oublie ! Regarde-moi ! (Hiroshima mon amour, 1960)

 

3104316685_1_3_UhqX3PLw

 

Tout ce qu'on peut savoir quand on ne sait rien, je le sais. (La douleur, 1985)

3

L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de votre douleur.

 

 

628x471

Les femmes, toutes les femmes ont fait leurs valises pour rien une fois dans leur vie. On le fait pour qu'on vous retienne. (Le marin de Gibraltar, 1952)

 

 

Il faut éviter de penser à ces difficultés que présente le monde, quelquefois. Sans ça, il deviendrait tout a fait irrespirable. (Hiroshima mon amour, 1960)

 

7

 

Je crois que c'est ça que je reproche aux livres, en général, c'est qu'ils ne sont pas libres. On le voit à travers l'écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l'écrivain a très souvent envers lui-même. L'écrivain, alors il devient son propre flic. J'entends par là la recherche de la bonne forme, c'est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres "charmants", sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s'incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. (Écrire, 1993)

 

6

Les grands récits sur lesquels s'est fondée la modernité sont en voie de desintégration.

 

  8

 

Je crois qu'on ne lira plus, les gens continueront à écrire, mais les gens ne liront plus, la lecture restant l'apanage d'une classe fermée. Je ne voudrais pas être à la place des gens qui vivront après l'an 2000, toutes les conditions sont réunies pour que l'ennui soit vécu dans sa plénitude, l'ennui profond j'ai beau y penser à cette époque et je ne vois que ça, le développement de l'ennui, la recherche vaine d'un évènement.

 

Découvrez Duras à la Bibliothèque de Toronto!

L'Abbé et quelques années de sa fin

February 21, 2014 | Louis | Comments (0) Facebook Twitter More...

1966 Brel-olympia-1964

C'est l'avant-dernière chanson du dernier spectacle à l'Olympia, possiblement son dernier concert en France, un des derniers concerts de sa vie. Le temps s'arrête autour de lui. Il regarde cette foule qui l'acclame, qui l'ovationne, qui l'encourage, qui le veut. Il va recommencer : une autre chanson, une autre époque, un autre morceau de sa vie qu'il lancera vers la foule comme on donne de la viande aux chiens.

 

  Brel               M_196896536_0

Il aimerait une cigarette. Il aimerait en finir. Il comprend que c'est possible de se donner complètement sans aimer véritablement.

 

1974 Jacques-brel

Le poumon gauche. Le poumon gauche. Le poumon gauche. Il existe, le poumon gauche. Il est cancéreux. Il le tue. Il veut s'exiler de la vie ; il veut mourir seul avec son poumon gauche.

 

1975 M_196896552_0

Il est aux commandes de son Beechcraft Twin-Bonanza, nommé Jojo. Il fait de l'avion-taxi entre Hiva-Oa (îles Marquises) et Tahiti. Il fait des vols de cinq heures : la mer, la côte, la mer, la piste. Il emporte lettres, médicaments, vivres, et même des passagers.

 

  M_167636999_0 M_196896547_0 Podcast_jacques-brel_a_0


Avec ses chemises fripées, sa casquette pépère, son corps incrusté dans le commandement de bord, il se costume. Il n'est plus chanteur, plus acteur, plus poète, plus célébrité. Il n'est que pilote des îles. Il joue à Icare.

 

1977 Jacques-brel-4de24a3e65b74

Il y a des désirs qui sont plus forts que tout. Qui font cesser de fumer à un homme qui a fumé plus de cinq paquets de Gitanes par jour. Qui font rentrer à Paris, qui font accepter la vie de couple dans un petit hôtel.

 

Il y a des désirs qui se manifestent en chanson, douze chansons précisément. Avec Rauber et Jouannest, fidèles complices, il fait un disque. Un autre joyau pour sa couronne. Ses dernières paroles pour son public.

 

Même sans promotion (il n'en veut pas), les précommandes atteignent le million. Tandis que sort le disque, il s'envole déjà vers Hiva-Oa, le désir épuisé.

 

1978 Jacques-brel-fait-ses-adieux-a-l-olympiaga743534-

En octobre cette année-là, on élit Jean-Paul II comme pape, URSS fait plusieurs essais de bombes nucléaires, Keith Richards se fait arrêter à Toronto pour possession d'héroïne, les Yankees battent les Dodgers en Série mondiale de baseball, Isaac Bashevis Singer remporte le Prix Nobel de littérature, et, le 9 octobre...

                            

                        ...il cesse.

 

  JacquesBrel

 

  

L'affaire de l'esclave Furcy

February 13, 2014 | Patrick | Comments (1) Facebook Twitter More...

              12 years a slaveL'Affaire de l'esclave Furcy

Le film « 12 years a slave » est un des favoris aux Oscars cette année, en lice pour neuf prix, y compris celui de meilleur film, meilleur réalisateur, et meilleur acteur. C’est l’histoire véridique de Solomon Northup, homme libre new yorkais, vendu à un esclavagiste brutal en Louisiane en 1841.

Voyant l’épreuve de Northup sur l’écran m’a rappelé un récit excellent paru en 2010, L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammad Aïssaoui. Lui-même un lauréat – décrochant le prix Renaudot de l’essai en 2010 - cet œuvre relève un épisode fascinant mais inconnu de l’esclavagisme français.

Aïssaoui nous amène à l’Île Bourbon en 1817, colonie lointaine du Royaume du France (actuellement l’Île de la Réunion). Dans les quartiers des esclaves de la propriété de son maître, dépouillant les biens de sa feue mère, Furcy découvrit qu’il était né un homme libre. Selon la loi française, son maître avait une obligation d’affranchir sa mère des décennies auparavant. La charogne avait failli à sa parole, arrachant 31 ans de la vie de Furcy. Le jeune - muni d’un courage et foi extraordinaire- porta donc une plainte au tribunal de Saint-Denis.  

Il lutterait pour 27 ans, jusqu’à la Cour royale de Paris.  

      L'île Bourbon (L'île de la Réunion), 19e siècleHôtel de Ville, Paris, 1842

Mêlant habilement des passages de roman biographique, documents historiques et réflexions de l’auteur au service d’un portrait inoubliable, L’affaire de l’esclave Furcy est une réussite. Lisez-le, et partagez l’histoire à votre tour.  

Les nouveaux romans de janvier 2014

January 27, 2014 | Patrick | Comments (0) Facebook Twitter More...

La première vague de nouveaux romans français pour les adultes est arrivée aux succursales –certes, l’année débute de bonne façon. En-voici quelques-uns; pour une liste complète, veuillez cliquer ici

 

  On dirait que je vous ai manqué Faillir être flingué   Le bleu des abeilles    Le cycle du survenant

 

On dirait que je vous ai manqué de Robert W. Brisebois
Bête politique hors de commun, ce roman historique raconte la vie de Camillien Houde, et brosse un tableau de la vie politique canadienne du Krach jusqu’au seuil de la Révolution tranquille.

Faillir être flingué de Céline Minard
Le mythe de l’Ouest américain –colons, indiens, cowboys, tueurs à gages- vu de l’étranger. Finaliste au prix Médicis et prix Femina l’année dernière, Minard offre ici « un jeu littéraire », au diable vauvert du Western typique.

Le bleu des abeilles de Laura Alcoba
Son père prisonnier de la dictature militaire, une fillette quitte l’Argentine pour rejoindre sa mère, réfugiée en France. Roman autobiographique, Alcoba raconte l’exil et la découverte d’un nouveau pays avec grâce et fraîcheur.

Le cycle du Survenant de Germaine Guèvremont
Chenal du Moine, le début du 20e siècle. C’est une communauté à l’abri du monde externe, mais en sursis : un survenant est en route, qui va changer la communauté à jamais. La série québécoise magistrale en son entier pour la première fois.

 

   Le retour de l'ours    Sous la surface   En même temps toute la terre et tout le ciel   Palladium


Le retour de l'ours de Catherine Lafrance
C’est le lendemain de la fin de monde, menée par des cataclysmes climatiques. Il n’y a qu’un petit village nordique qui a survécu, où les villageois n’espèrent qu’une chose : le retour de l’ours. Une fable captivante, « à … séduire tout public. »

Sous la surface de Martin Michaud
On a tous quelque-chose à cacher. Leah, la femme du sénateur Patrick Adams, candidat à l’investiture démocrate, le sait bien. Pourtant, ses secrets ne sont pas seulement à elle, et son passé va ressurgir avec violence.

En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki
Sur les rivages de la baie Desolation, une écrivaine tombe sur un sac en plastique ; à l’intérieur, le journal intime d’une jeune japonaise. Un récit de malheur l’attend là-dedans. Son obsession de trouver –voire sauver- la jeune commence. Ce finaliste du prix Man Booker est un « roman qui change la vie », selon Elle.

Palladium de Boris Razon
À 29 ans, Razon est sidéré par une maladie neurologique non-identifiée, son corps paralysé, ses sens  corrompus. Isolé de notre monde, les hallucinations l’emportent, une expérience qui fait la base de ce roman autobiographique. L’invité de l’émission Plus on est de fous, plus on lit! en novembre.

Bonne lecture!

Taches de café et la grande communauté de lecteurs

January 22, 2014 | Louis | Comments (1) Facebook Twitter More...

Emprunteurs de la bibliothèque -- mes semblables, -- mes frères et soeurs !

Vous qui préférez les livres de la bibliothèque aux livres neufs ! Vous qui choisissez le papier plutôt que l'écran ! Je vous comprends ! Je sais que vous appréciez un livre usagé non seulement pour l'intérêt que suscite son texte, mais aussi pour les découvertes fascinantes qu'offre l'article en soi.

Coffee_kazantzakis

Souvenez-vous: l'après-midi ou le soir où vous avez ouvert un livre de Kazantzakis publié en 1965 et vous avez trouvé des taches de café sur une des pages.

Vous vous êtes dit : est-ce des taches d'un café consommé en 65? En 74? En 97? En 2008? Et qui était ce buveur de café? Un amateur de Kazantzakis ou quelqu'un qui le lisait par hasard?

Où était-il quand le café s'est éclaboussé sur la page? Dans un train? Dans un avion? Dans son lit? Sur la véranda d'un chalet au bord de la mer?

Et qu'est-il arrivé pour que ces gouttes de café tombent sur la page? A-t-il entendu une nouvelle surprenante? A-t-il perdu sa balance ou simplement déposé sa tasse un peu trop rapidement? A-t-il vu sa main trembler et soudainement réalisé qu'il avait 74 ans, le même âge que Kazantzakis à son décès, et il s'est dit : je dois vivre à l'excès.

Chowchow2 Romance_maroc
Souvenez-vous de ce que vous avez trouvé dans ces livres et les rêves que ces trouvailles vous ont procurés : un signet en forme de chow-chow ; un reçu de la bibliothèque indiquant l'emprunt de 3 livres érotiques et d'un guide de voyage du Maroc ; un morceau de papier avec un numéro de téléphone et les mots pour toujours ; des billets pour un concert de Serge Reggiani ; une photo d'une jeune femme dans le jardin de Casa Loma ; des notes marginales écrites au crayon et décrivant une expérience religieuse semblable à celle de l'auteur ...

Pour toujours Regginani
Mes frères et soeurs, je découvre votre présence chaque fois que je lis un livre de la bibliothèque. Votre présence hante ma lecture, m'indique que je fais partie d'une grande communauté de lecteurs, d'amateurs des mêmes auteurs que moi, je me réjouis à l'idée que je ne suis pas le premier à cheminer en ces pages, le premier à découvrir les merveilles de ce monde imaginaire ... Et j'espère que je ne serai pas le dernier, que d'autres auront des plaisirs de lectures égales aux miens.

Casa loma Mots religieux

Cette présence humaine que préserve le livre physique à chaque emprunt n'existe pas avec les livres neufs, ni les livres numériques. Avec ces formats, il n'est pas question de partage, mais de possession. On est peut-être le premier lecteur, mais seul, isolé, sans héritage. Ce sont nous, mes frères et soeurs, emprunteurs de la bibliothèque, qui sommes riches d'un héritage commun, d'un trésor partagé !

Lisons, imaginons, et partageons!

Bienvenue sur le blogue en français de la bibliothèque publique de Toronto. Vous y trouverez de l’information sur les programmes, collections et services en français dans vos bibliothèques, ainsi que sur les événements dans la communauté et des nouvelles de la Francophonie.

Your comments, posts, messages and creative content are welcome, provided they encourage a respectful dialogue and comply with the Library's mission, values and policies.
Terms of Use